Le blog de teuflebroc

Ouraline : un point sur la toxicité

Cette article s’adresse principalement aux brocanteurs, antiquaires et chineurs.

7 JUNE 2010

http://www.gazetteabsinthe.fr/?p=170

Les artémisophiles (collectionneurs d’antiquités liées à l’absinthe) sont connus pour être souvent de grands amateurs d’ouraline.

Etant donné que nous nous sommes plusieurs fois posé la question de la toxicité de ce matériau, voici un résumé de ce que la recherche a donné sur la question

Qu’est-ce que l’ouraline ?

L’Ouraline, également appelée parfois “verre urane”, “verre vaseline”, “jadite” est un verre contenant de l’uranium. Celui ci est inclus sous forme de diuranate de sodium (Na2U2O7) ou  de sodium uranyle carbone (2Na2Ca3U·O2CO3).

Cet ajout donne au verre des couleurs intenses, fluroescentes, allant du bleu au marron, avec toutefois une grande variété de teintes plus vertes ou jaune-vert.

C’est un matériau extrêmement populaire dans les années 1880 à 1920, et, même s’ils sont rares, on trouve parfois des carafes et verres à absinthe faits dans ce matériau (voir image d’en-tête). Cela, sa couleur, et l’époque, font que les artémisophiles connaissent relativement bien l’ouraline, et bien souvent la collectionnent en plus des pièces spécifiques à l’absinthe.

Elle reste encore aujourd’hui produite, surtout aux états unis, mais il s’agit d’une production relativement marginale.

Comment reconnaitre l’ouraline ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la couleur n’est pas, a priori, le critère le plus important. Une belle couleur verte ou un vert-jaune attirera le regard, mais il ne sera pas discriminant.

Sur une vente hors internet, l’oeil avisé ne se trompe pas sous condition que la pièce soit exposée à la lumière du soleil. Elle prend alors “vie”, c’est à dire qu’elle devient brillante, éclatante, dotée d’une lumière propre. Une pièce en ouraline sur un stand de brocante accroche le regard.

Cela dit, par prudence, on pourra s’équiper d’une lampe à UV de poche, que l’on utilisera pour examiner la pièce sous un coin d’ombre. La encore, elle se mettra à briller sans l’ombre d’un doute. Si ce n’est pas le cas, c’est simplement du verre tinté.

Sur internet, il faut juger d’après les images, et c’est très loin d’être évident. Dans le meilleur des cas, le vendeur fournira une image au soleil laissant apparaitre la fluorescence, mais cela ne marche que pour certaines pièces (pas celles contenant peu d’uranium, qui seront ternes). Il faudra être sur de son coup.

Quid de la toxicité ?

La question, comme on le disait, revient souvent sur le tapis. L’Uranium est éminemment connu pour avoir une toxicité radioactive, et certaines collections concentrent parfois des dizaines de pièces dans un petit espace.

Ce n’est pas une inquiétude nouvelle. Ainsi, un collectionneur de verres en ouraline anglophone en dit ceci :

Un des aspects notables de l’ouraline est qu’elle est radioactive et donne une lecture positive sur un compteur geiger. Cela peut amener à se poser des questions d’un point de vue sécurité sanitaire mais je suis maintenant en mesure de rapporter qu’en juin 2003 j’ai aidé l’UK’s National Radiological Protection Board (NRPB) (collège national de pour la protection radiologique ) dans une étude sur le verre contenant de l’uranium. Au cours de cette étude, des experts techniques du NRPB sont venu chez moi et ont conduit des tests sur une grande variété de verres contenant de l’uranium créés par différents verriers sur diverses périodes historiques. Ils ont confirmé que les niveaux de radiation detectés étaient bas et permettaient un usage “normal” sans grand danger. […]

Information santé complémentaire : Le ponçage ou le frottement abrassif de l’ouraline ne peut être qualifié d’usage normal étant donné que le résidu de poussière produit par ces actions peut etre toxique si avalé ou inhalé, et ne doit jamais etre executé.

Le docteur Paul Frame, en réponse à un collectionneur inquiet, en dit ceci :

La dose maximale calculée dans le document NUREG 1717 est de 4 mrem (nda : une unité de mesure d’exposition massique par personne) par an et portait sur un individu transportant de large quantités de verre depuis une usine hypothétique vers un grossiste. Comparez cela à l’exposition moyenne d’une personne publique aux radiations naturelles : 300 mrem par an. Chaque année, une famille moyenne recoit 200 de ces 300 mrems depuis le radon de l’habitat.

Cela est déjà très instructif en soi, mais nous avons décidé de creuser un peu plus, en nous penchant sur ce fameux document NUREG 1717 “Systematic Radiological Assessment of Exemptions for Source and Byproduct Materials.” Si vous parlez correctement anglais et êtes passioné(e) par ce matériau, nous vous en conseillons chaudement la lecture, en particulier du chapitre 3.13.

Le paragraphe 3.13.4.3.1 (usage routinier > verres à boissons) nous donne les chiffres suivants pour un usage de consommation :

Une personne hautement exposée est identifiée comme étant une ménagère […]. On suppose que cette personne fait toute la vaisselle et passe la plupart du temps à la maison et dans la cuisine et la salle à manger. Ces activités pourraient résulter à une [exposition] de  2 mrem par an à partir d’exposition externes. La dose par ingestion d’uranium qui serait allé dans le liquide depuis le verre serait de 0,002 mrem par an, ce qui est négligeable par rapport à une exposition externe.

Et ceux ci d’un point de vue “exposition de collection”

Quatre pièces de verrerie décorative sont supposées être réparties dans une maison. Un individu fortement exposé est un membre de la famille qui tient en main chaque pièce 6.1 heures/an, les observe depuis une distance de 91 cm pendant 10h/an, et est dans d’autres pièces a des distances moyennes de  610 et 762 cm pour respectivement 200 et 6000 h/an. Cet individu pourrait recevoir 0.2mrem/an.

En faisant une grosse règle de trois, la personne que nous connaissons qui soit la plus exposée doit difficilement atteindre les 10 mrem/an, toujours à mettre en relation avec les 300 auxquels s’expose l’individu moyen.

Soyons clairs : cela n’empêche pas l’Ouraline d’affoler les detecteurs et les compteurs Geiger (de 300 à 23000CPM) . En dépit de cela, la toxicité avérée est donc relativement faible.

http://www.gazetteabsinthe.fr/?p=170

Pour aller plus loin

Voici la liste des sites et documents de référence ayant servi à la rédaction de cet article :

Cette entrée a été publiée le mars 15, 2012 à 3:21 et est classée dans Infos du net. Bookmarquez ce permalien. Suivre les commentaires de cet article par RSS.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s